Châtellerault vue du ciel

L’aube se levait. Sébastien nous ouvrit la barrière en bois qui bloquait l’accès à la pointe de forclan, puis grimpa à l’arrière du véhicule après avoir pris soin de refermer derrière nous. Michel nous conduisit au lieu habituel d’envol. Tout le monde s’activa pour décharger la remorque et préparer la montgolfière au décollage. Une fois le matériel en place, je pris le même poste que celui que j’avais occupé la veille. Pendant que je maintenais la bouche de l’enveloppe ouverte, je me réveillais au son du ventilateur, tout en essayant de comprendre ce que me disait Rose Anne, à quelques mètres de moi.

Après s’être occupé d’accrocher la soupape, Sébastien coupa le ventilateur et laissa la place à Amélie qui actionna le brûleur. Le ballon se redressa doucement et lorsqu’il fut debout, Pascal pu nous rejoindre avec la corde de couronne, pour nous aider à maintenir la nacelle, qui oscillait en essayant de quitter le sol.

Amélie se tourna alors vers moi et me demanda si je voulais voler. Un peu surpris et gêner de prendre la place de quelqu’un qui était beaucoup plus présent lors des précédents vols, je demandais à Pascal: « Mais toi t’as pas envie de voler ?».

En gentleman il m’encouragea à accepter, arguant qu’il aurait bien d’autres occasions.

Comme tout le monde se joignait à lui, j’enjambais le rebord de la Nacelle et pris place à l’intérieur. La même proposition fut faite à Sébastien qui fini par nous rejoindre à bord.

Michel alla chercher rapidement des chewing-gum que réclamait ardemment notre pilote, et des casquettes pour nous protéger des écoulements du brûleur.

Le ballon ne semblait pas prêt à nous laisser partir, peu habitué à porter le poids de trois personnes dont deux dépassaient les 80 kg. Amélie insista sur le brûleur pour que l’air chaud puisse produire son effet et nous permettre de nous élever, doucement.

Après avoir franchi la rangé d’arbres qui bordent le terrain, nous redescendîmes pour nous maintenir au dessus de la Vienne.

Une voiture s’arrêta au milieu du pont, qui n’avait pas encore été dessiné sur notre carte IGN, sans doute surprise de croiser une montgolfière sur sa route. Le flash qui sortit de la fenêtre passager nous fit prendre conscience qu’aucun d’entre nous n’avait pensé à prendre un appareil photo.

Alors que nous remontions pour atteindre la cîme des peupliers, le grésillement de la radio se transforma soudainement en la voix de Rose-Anne, désireuse de tester notre maîtrise de la communication. En lui répondant, Sébastien montra qu’il restait quelques progrès à faire dans ce domaine. Elle nous proposa de larguer un marqueur sur le pont. Rapidement je lâchais la carte que j’avais entre les mains, pour récupérer un marqueur dans le fond du sac.

Une fois à l’aplomb du pont, j’effectuais un largage par gravité qui permit au marqueur de tomber au milieu de la route. Cette tâche accomplie, nous pûmes à nouveau prendre de la hauteur.

Amélie ne semblait pas franchement décidée à se diriger vers la forêt, et encore moins vers l’autoroute qui la traversait. Et pourtant à cette altitude, le ballon était irrésistiblement attiré dans cette direction. En nous élevant encore un peu nous pûmes constater que notre cap s’orientait facilement vers la ville, en suivant la rivière.

Après un deuxième largage de marqueur, au centre d’un carrefour matérialisé par Rose-Anne les bras écartés, nous primes donc la direction de la Salle Omnisports et du Pont Liautey.

A notre droite les tours de la plaine d’Ozon nous autorisèrent quelques commentaires à leur égard.

Il était encore tôt pour un dimanche matin, et la ville elle aussi n’était pas encore complètement réveillée. Nous parlions doucement, pour profiter du silence, entrecoupé par moments, des bruits du brûleur… et des aboiements d’un chien.

Rive droite, seul un homme était dans son jardin, sans doute sorti pour essayer de faire taire l’animal. Nous le saluâmes de la main, tout en laissant Amélie rechercher la maison d’une vieille connaissance, non loin de la nautique.

Sébastien, en futur pilote, gardait un œil sur les manomètres. Nous avions déjà consommé plus d’une bouteille. Le gonflage et notre décollage avaient été gourmands en gaz.

Toujours au dessus de la rivière nous approchions de l’ancienne manufacture. Le chapiteau de l’école de cirque trônais désormais dans la cour. L’idée sympathique de pouvoir récupérer des croissants au sommet de l’imposante cheminée en briques nous avait traversé l’esprit, mais finalement nous n’allions pas la survoler.

Nous continuâmes notre route, toujours au dessus de la Vienne et nous arrivions maintenant au dessus d’un pont que je faillis ne pas reconnaître. A cette hauteur, le pont Henri IV qui venait de fêter ses 400 ans paraissait bien ridicule. La gabarre était toujours amarrée un peu plus en aval. Non loin sur les quais, Michel, Rose-Anne et Pascal nous regardaient passer. Cela faisait bientôt une heure que nous volions et l’église St Jean venait de sonner 9h00. Nous pouvions maintenant apercevoir la gare, et les immeubles de l’autre côté des voies. Je pensais à ma grand-mère qui devait être levée. J’avais un téléphone portable et j’effleurais l’idée de l’appeler. Je me ravisais, pensant que nous serions déjà passés, avant qu’elle se rende à sa fenêtre. Lorsque je la vis deux jours plus tard, elle m’affirma avoir vu une montgolfière dont elle n’avait pu distinguer les couleurs. Ça n’était pas la notre. Il y avait deux autres ballons ce matin là. L’un bien au nord dans le ciel de Descartes, et l’autre plus à l’ouest dans les alentours de Loudun. Les interférences à la radio nous avaient confirmé très vite que nous n’étions pas seuls. Avant de quitter la rivière, nous pûmes admirer l’ancien hôpital avant qu’il ne soit totalement détruit.

Le ballon obliqua légèrement vers l’est pour venir survoler l’héliport de l’hôpital et le bâtiment bleu de la gendarmerie.

Nous étions maintenant sortis de la ville et il ne restait plus qu’une bouteille de gaz. Nous pouvions distinguer sur notre gauche la zone industrielle, délimitée par la nationale. La campagne que nous survolions était parsemée de maisons imposantes, cachées par des hauts murs ou des rangées d’arbres. Plusieurs personnes nous saluèrent en nous faisant des signes de la main.

Nous approchions d’Ingrandes, lorsque le champs idéal pour atterrir se dessina devant nous. Ma faible expérience de la montgolfière ne m’avait fait voir que des atterrissages plus ou moins brusques, durant lesquels la nacelle est trainée parfois sur plusieurs mètres. J’en avais déduit hâtivement que tous les atterrissages devaient se faire de cette manière. C’était faux. Cette fois le ballon descendit doucement, puis la nacelle tapa sur le sol et remonta légèrement. Michel, Pascal et Rose-Anne accoururent pour la maintenir. Le ballon s’immobilisa tant bien que mal, toujours debout. On me demanda de descendre tranquillement. Je m’exécutais et Sébastien me suivit quelques instants après. Allégée, la montgolfière remonta, sans pour autant nous échapper. Après plusieurs sauts de puce qui nous rapprochèrent de la route,  Amélie tira sur la corde de soupape et la nacelle se coucha timidement.

Michel retourna chercher le 4X4, et en 15 minutes tout était plié et chargé dans la remorque.

Nous pouvions rentrer pour refaire le vol tous ensemble en savourant les croissants tant attendus accompagnés d’un café ou d’un chocolat chaud.

Nous n’avions pu immortaliser ce vol par des clichés, mais les images seraient longtemps dans notre mémoire. Nous étions conscients d’avoir eu le privilège d’un vol particulièrement réussi. Les vents nous avaient poussé dans une direction assez inhabituelle, pour nous permettre de survoler Châtellerault d’un bien jolie manière.

Tracking du vol par Google earth

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